vendredi 5 octobre 2012

Nantes-Lautrec et Astorpia dans son atelier



Nantes-Lautrec était le seul rejeton ayant survécu de la longue et noble lignée des Nantes -Morlaix Lautrec  Terminus. La règle familiale qui voulait que les enfants se mariassent entre eux afin de conserver le capital financier et terrien avait totalement dilapidé le capital génétique. Héritier unique d’une fortune considérable et d’un physique en ruine, il avait décidé de ne se consacrer qu’aux choses qu’il aimait avant que sa carcasse contrefaite ne rendit l'âme. Et elles étaient nombreuses.

Mais une fois qu’Astorpia fut entrée dans son monde, Nantes-Lautrec eut sa vie bouleversée. Ce célibataire endurci, noceur notoire, buveur redoutable et déconneur de renom, qui révérait sa muse et culbutait les demi-mondaines ou les bouteilles n’avait jamais connu que les étreintes bâclées des gens qui s’aiment peu ou trop. Mais ce matin, lendemain de leur premier baiser, l'univers avait changé. Alors qu’elle paressait dans les draps encore chauds d’une tendre langueur, Nantes se leva et machinalement prépara le petit-déjeuner. Et c’est à ce moment là qu’il se rendit compte à quel point tout était différent. Jamais un café n’avait était si profond, si sourd, si envoûtant, jamais les senteurs n’avaient été si entêtantes,  jamais il n’aurait pu imaginer que le bronze cuivré d’un croissant pût avoir tant de nuances, et le reflet du soleil sur la tasse était maintenant comme une planète en soi. Dans chaque atome, il voyait un monde, et dans ce monde, ses atomes. Les milliards de verts qui jouent et scintillent entre les nervures fragiles d’une simple feuille de platane. Et ces écorces, à la fois veloutées, ocres et nacrés, vertes  de gris et chocolatées. La lumière qu’elle jetait alentours lui faisait découvrir un monde de couleurs jusque là insoupçonnées.
C’est aussi la première fois qu’il fut amoureux non pas de l’apparence, mais de l’intérieur. Chaque émotion, chaque pensée se traduisait en elle en de minuscules feu-follets courant sur son cortex, chaque parole était accompagnée d’une ondulation tendre, comme le vent dans les blés de ses cheveux photophores. Et quand elle riait… Mon dieu, quand elle riait. C’était comme une cascade de lumières et de sons.
Sa peinture monochrome fut alors envahie par de joyeuses couleurs, sa palette devint musicale, sensuelle, sensorielle, et les touches chromatiques vinrent danser sur ses toiles dans de folles farandoles qui hypnotisaient le public parisien.
Mais ce succès tardif et inattendu, bien qu’intérieurement follement espéré, ne touchait plus Nantes-Lautrec. Il marchait dans les rues de Paris, sa belle, sa folle, sa douce égérie dans ses bras trop longs, et plus rien d’autre ne comptait que la joie immense qui tous deux les baignait.
Pour résumer, le coeur d'or d'Astorpia lui avait fait découvrir le sien. Il avait un coeur maintenant

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