dimanche 25 octobre 2015

Jeronimus Antharius Brice Savarin


Une rétrospective aura lieu au Comptoir du dessin, 32 rue de Liège, Métro Liège, entre le 12 novembre 2015 et le 5 décembre de la même année


Bouffeur, goinfre, morfale, goûteur, tasteur, avaleur, mangeur, bon vivant, cuisinier et critique gastronomique, mort de la goutte en 1902

samedi 24 octobre 2015

Le Paon Optique Cavernicole

Une rétrospective aura lieu au Comptoir du dessin, 32 rue de Liège, Métro Liège, entre le 12 novembre 2015 et le 5 décembre de la même année


Premier spécimen de Paon optique ramené d'Argos par Alphédius Alahzen  (père d’Alphidophore Alahzen - voir  plus haut, ou plus bas )
Celui-ci racontait que s'étant foulé le pied droit en débarquant, il avait marché dans la grotte du pied gauche et que cela lui avait porté bonheur.
Le  paon optique est une espèce aux yeux fragiles et photosensible. Pour cette raison on ne le découvre que dans les cavernes, les gouffres et parfois lors d’une page sombre de l’histoire.
L’espèce fut acclimatée au sol français par Armand Licencié, (né le  janvier 1869 sous le préau de l'école de Lorrez-de-Bocage (Seine-et-Morne) et mort le  juillet 1915 à Moissec (Tarn-et-Garonne) d’une des premières canicules. Espécéologue français, qui fut un précurseur de l' espécéologie, ou plus vukgairement, spécialistes des espèces cavernicoles
 Le paon optique cavernicole permit la production d’yeux cave, idéaux pour l'introspection et la réflexion sur soi.

jeudi 22 octobre 2015

étude pour l'affiche de l'exposition universelle 1900

Une rétrospective aura lieu au Comptoir du dessin, 32 rue de Liège, Métro Liège, entre le 12 novembre 2015 et le 5 décembre de la même année


Eusebio Praxitelos, le génial golem tridactyle à l'origine des fabuleuses formes de la femme demanda à son ami Alfus Moncha de réaliser l'affiche pour l'exposition universelle qui allait faire connaître au monde sa nouvelle merveille. 

Nous avons la chance d'avoir retrouvé cette étude préliminaire dans un carton destiné à conserver les plans de l'exposition.
Alfus Moncha, comme Franz Enstein et Otto Rivers von Aslet était originaire des farouches et lugubres montagnes qui séparaient l'Europe de la Russie. Son caractère slave le rendait prompt à la mélancolie comme à l'exubérance, même s'il était le plus souvent mélancoliquement exubérant ou exubéremment mélancolique . 
Il fut le premier peintre à représenter la femme et son influence perdure encore de nos jours, car il est l'un des seuls à pouvoir en exprimer tout à la fois la grâce et la force, la poésie et la beauté. 

lundi 19 octobre 2015



Exposition Les monstres de Paris

z'en Novembre 2015au comptoir du Dessin, à Parishttp://comptoirdudessin.com/

Largos Cardel


Je ne peux malheureusement pas traduire ce texte écrit au dos de la photo de Cardel, mon espagnol étant par trop déficient, mais je suppose que cela parle du chanteur argentin, et je le retranscris donc fidèlement en espérant ne pas y ajouter de faute. 


Largos Cardel, mi querido amigo, él que hizo famoso el tango de Buenos Aires a traves de los casinos de baja estofa de Paris al principio del siglo XX.

No se enamoró jamás de mujer alguna, Y el me confesó una noche en Paris cuando yo le confiaba un metejón: 'Todas las mujeres valen la pena de enamorarse, y darle la exclusiva a una es hacerle ofensa a las otras. Ademas, el hombre que piensa cinco minutos seguidos en una mujer no es un hombre, es un maricón'
Se dio vuelta y dejó caer un piropo porteño: había pasado una Parisina.
sgné : Vicente

samedi 17 octobre 2015





29 octobre 1899

Première sortie de La Femme



En ce jour du 29 octobre 1899  Franz  Enstein, Otto Rivers von Alset et  Eusebio Praxitelos, après avoir débattu longuement de la toilette qu’Ava devait porter, se décidèrent enfin de la sortir de la grande serre paradisiaque qu’ils lui avaient aménagée.
Ils étaient tous trois d’accord qu’il était plus que temps, car elle commençait à s’ennuyer, à tel point qu’elle s’était entichée d'un pantin, qu’elle appelait Sir.

Une lumière douce baignait l’avenue des Valides, et c’est par cette avenue qu’elle allait découvrir le monde, c’est  à  dire Paris. 
Encore peu assurée, car elle portait des chaussures pour la première fois, et qui pis est, sur les pavés, elle perdit l'équilibre en face du jeu de Paumes.En se relevant, elle s'esclaffa en accusant Sir Pantin de l’avoir distraite  et de l’avoir détournée du bon chemin.
Les trois amis observaient la charmante créature évoluer parmi les rues, s’émerveiller, s’extasier devant chaque détail, chaque arbre, véhicule, boutique, personne comme un enfant ébahi, et leurs cœurs, ou ce qui en faisait office, ne leur appartenaient plus. Ils battaient désormais au diapason des émotions de la belle.

A mesure qu’ils progressaient dans la cité, les parisiens, tout d’abord interloqués, puis rapidement séduits par ce nouvel  être se mirent à suivre Ava. Ils stoppaient quand elle stoppait, riait quand elle riait, tressautaient quand elle tressautait. Et c’était comme si tous restaient dans l’effluve de son parfum, liés invisiblement à son odeur, son humeur.
Au bout d’un moment, fatiguée, elle demanda à boire. Un garçon de café lui disposa immédiatement la chaise et la table où elle se trouvait, c'est à dire en plein milieu de la rue, pour lui servir  un thé. C’est en s’asseyant qu’elle s’aperçut de la forêt  immense d’yeux et de pédoncules qui l’observaient ravis. Un peu intimidée, mais charmée, elle leur fit des mines et la foule se mit à glousser et ronronner comme un dindon-chat un peu con. Franz, Otto et Eusebio décidèrent qu’il était alors temps de rentrer,  et ils durent tous les quatre traverser  l’assemblage hétéroclite qui fit comme une haie d’honneur disparate et respectueuse.
Quand ils arrivèrent à la serre,  L’avenue des Valides était noire de monde, et nos compères comprirent alors qu’ils avaient changé l'histoire

mercredi 22 juillet 2015

Lamproix Furlong de Serapia senior et son fils, financier 


Dans sa chambre aux murs de papiers peints réguliers,  Lamproix Furlong de Serapia junior fixait le plafond. Dans cet univers de parallèles et d’orthogonales, une fissure traçait son chemin irrégulier et diagonal. Il se tenait assis, au milieu de son lit à barreaux. Son monde se découpait en bandes égales, se répétant à l’infini.


Il attendait son père, peut-être.


Parfois, dans un continuum autre, un être lui ressemblant, mais considérablement plus grand, fripé, lent, un peu voûté, avec une odeur forte, caricaturale, venait à lui.  De son orifice buccal provenaient  des sons et des borborygmes indistincts, mais la mélodie qui les sous-tendait illustrait la joie ou la colère, décrivait  l’indifférence ou l’inquiétude.


 C’était son père, peut-être


Une autre personne venait le prendre, le laver, le changer, le poser de nouveau dans son lit à barreaux, qui était redevenu net, ordonné, parallèle, avec un parfum de propre et d’étrangeté. Quand  il fermait les yeux, des images venaient. Moins maintenant.


Plus petit, par éclats il se rappelait, qu’il rêvait de voler. La fenêtre passée, les immeubles en face diminuaient au sol, et le cristal du ciel s’étendait, sans limite. Il volait, sans peur, sans crainte, et le soleil comme une fontaine de lumière jaillissait dans l’espace bleu et infini.  Le sol était un passé gris que quelques touffes de vert tentaient d’égayer. 

 Mais c’était avant.


Maintenant il savait… sentait. C’était moins confus.

Ce sentiment de liberté était aussi agréable que dangereux. Ce qui était sûr, c’était la rigidité des barreaux du lit, la linéarité des lames du parquet, le parallélisme du papier peint, la rectitude sombre des meubles .Et quand le géant revenait, il comprenait mieux. Pas les mots, mais le sens général. Maintenant il savait qu’il ne fallait pas faire confiance. Que s’ouvrir était s’affaiblir. Il savait que les barreaux, les bandes parallèles du papier peint, étaient des garde-fous. Que derrière erraient l’inconnu, la sauvagerie, la barbarie.


Ses habits le serraient maintenant.


Quand venait le géant, des sons revenaient, prenaient forme, presque sens.   « monfiss » lui faisait plaisir et peur. Il y sentait un amou… une reconnaissance, mais aussi une demande, une responsabilité ?   Il sentait ensuite qu’il devait se méfier de la domestique qui le lavait et lui changeait les draps. Il voyait bien que la voix lui parlait différemment  à cette personne, tombait, comme à plat, sans possibilité de recours.


Mais quand elle s’adressait à lui, la voix montait, espérait,  enjoignait. Il se sentait faire partie d’une chose, d’un monde plus grand, plus net, plus précis.  Ce n’était pas de l’enthousiasme, il n’aurait pas su ce que c’était, mais une petite fierté solide, qui le mettait à part de  la servante, et le liait, le reliait à la voix.   


Il  grandissait, il le savait,  devenait fort.


Un jour il serait la voix 


vendredi 22 mai 2015



Alphidophore Alahzen

Alphidophore Alahzen était le descendant en courbe sinueuse du grand Abu Ali al-Hasan ibn al-Hasan ibn al-Haytham, dit Alawi com Alahzen, dont je parlerai une autre fois.
Alphidophore appartenait à une famille hors norme, résultat d’un brassage de langues et de cultures riche et complexe. Son grand-père avait fait fortune dans la vente d’yeux en gros. Le père de celui-ci, marin, avait échoué sur l’ile d’Argos. Il y découvrit une espèce de paons dont les plumes de la queue arboraient un œil chacune. Il nomma ce paon le paon optique, en ramena quelques couples en France et en fit l’élevage.
Au bout de nombreuses sélections, il obtint un paon optique possédant des yeux caudaux de différentes tailles et couleurs. Il les déclina ensuite en yeux myopes pour les étudiants en médecine, biologie et tout travail de précision, hypermétropes pour les marins, les voyageurs, hallucinés pour les visionnaires, de velours pour les tailleurs, de biches pour les voleuses, les gros yeux pour les parents et les profs,  etc. Il fit aussi toute une gamme oculaire esthétique, où les iris pouvaient être de toutes les formes et de toutes les couleurs.
La copie illégale fit se répandre bien vite des yeux torves, louches, chassieux, voire  chiasseux, des yeux pas frais à la douzaine, des yeux comme des trous de pine, qui regardent en dedans, à tel point qu’à un certain moment, il valait mieux être aveugle dans un royaume des gens sourds à la raison qui essayaient de se procurer de l’optique à l’œil
Aldiphophore grandit alors que le commerce familial périclitait à vue d’œil.
Voyant qu’il était inutile d’essayer de contrôler un marché qui leur avait échappé, le jeune Aldi se mit à réfléchir. Au départ il tenta avec peu de succès de se lancer dans le commerce de bouches. Mais il ne s’était pas attendu aux mauvaises langues à la dent dure qui par le bouche à oreille annihilèrent ses efforts. Après avoir pris langue avec elles, il arrêta les frais à temps.
Il se lança par la suite dans la vente de nez mais tomba sur un bec. Manqua de courage pour la vente d’estomac et de tripes. Et c’est par hasard qu’il découvrit sa voie, la voie lacrymale.
Alors qu’il se lamentait un peu sur son sort, il écrivit une bluette qu’un ami chanteur reprit. Le succès fut immédiat
De vendeurs d’yeux, il  devint vendeurs de larmes, et put ainsi humecter tous les regards qu’il ne vendait plus


                                

jeudi 21 mai 2015





Les glissades, les chutes dans la boue grise et froide, dans l’eau métallique et glacée, les flaques comme des trous reflétant le ciel, les bourrasques comme des gifles, tout ça l’indifférait. 

Son cœur lui avait été arraché.

Il n’était plus qu’une carcasse errante qu’un atavisme absurde faisait revenir à Paris. Il se moquait bien de son bureau, de son hôtel particulier aux baies ouvertes sur la Seine.
Son fils n’était plus

Un soleil hébété luisait derrière le rideau sale des nuages lourds


Il se souvenait de son éclosion comme si c’était maintenant. L’œuf nacré pondu par Anasthasia, rosissante d’émotion, le coussin de velours rouge brodé d’or qui recevait les œufs de ses ancêtres depuis des temps immémoriaux. On voyait au travers de l’opalescente coquille battre le cœur du rejeton. Il se rappelait des pleurs de joie et de fierté de sa belle épouse lors de la première fissure. Il préférait faire mine de s’inquiéter du semblant d’hystérie de sa chérie que de s’avouer à lui-même son propre bouleversement.  Il devait maintenant annoncer à  sa femme que leur fils n’était plus.




Fissure… Crevasse… Le lieutenant-colonel avait désigné la tranchée d’un pédoncule fatigué. Dans cette béance noire qui défigurait la terre, des morceaux de corps, d’exosquelettes, de chitine, et quelques tentacules épars. Et du sang, rouge, vert, bleu, qui coagulait.
« Impossible de savoir si votre fils est vraiment là, et on doit recouvrir avant que la pourriture ne gagne la charogne. »

Puis le silence
La pestilence.


Zénophase avait levé alors ses yeux pédonculés vers l’horizon. Une ligne charbonneuse, faite de boue, de poudre, de métal et de sang s’éclairait par endroits aux explosions d’obus.



Les brancardiers, passaient devant la table de fortune derrière laquelle un officier notait les noms des morts, quand ils étaient encore identifiables, puis allaient balancer leur fardeau dans la fosse avec indifférence. Ils avaient épuisé leur stock d’émotions et se réduisaient maintenant à leur fonction.



« Mais… Peut-être est-il encore vivant ? »
C’était la première fois de sa longue vie que Zénophase Athénor de Lalouse contestait un avis officiel. 
Sans mot dire, le lieutenant-colonel tira d’un tas d’objets hétéroclites un morceau de tissu qu’il tendit à Zénophase. Un bout d’uniforme déchiré si maculé d’hémoglobine que le nom de son fils aurait pu ne pas être lisible. Alphidius Zélophore de Lal…


Son fils était mort


À ce moment Zénophase se sentit tomber en lui-même, un abime plus profond et plus noir encore que cette fosse monstrueuse, cette blessure dans la terre. Et la chute continuait, continuait, sans jamais s’arrêter
Son stylommatophore rupestre, la limace à carapace qui lui servait d’animal de bât, sentit sa détresse et vint se blottir contre lui et le déséquilibra. 
 Zénophase s’effondra comme une falaise s’écroule dans la mer. 
Immobile, étendu dans la boue, il ne pleurait pas. Sa stupeur, sa torpeur le paralysait de désespoir. Il ne respirait plus, ne pensait plus, ne sentait rien ; il ne faisait plus que tomber.



Autour de lui, d’autres parents cherchaient leurs proches, trop dévorés d’inquiétude pour se soucier de lui, trop désespérés pour prendre en compte toute souffrance autre que la leur. Hagards, ils grimaçaient des sourires d’angoisse à l’adresse des officiers en charge de les accueillir, comme pour conjurer le sort.



Quelle joie quand son petit avait prononcé son premier mot : Papa. Il faut dire que sa mère le répétait sans cesse. Papa-ci, Papa-ça. Il était son dieu, elle était sa déesse, et leur enfant était leur univers. L’air était si lumineux, comme si chacune de ses molécules était porteuse de lumière et de joie, comme si chaque respiration était un rire.

Une vitre le coupait de ce monde maintenant.  Ou n’était-ce que de l’air, de l’espace ? Les rires s’estompaient, la scène s’éloignait, filant vers le ciel comme dans un gouffre. Il tombait.


Quelle était cette oppression ? Il n’arrivait pas à déglutir. Peinait à respirer. S’étouffait. Il comprit. Ce n’était qu’un sanglot. Un sanglot plus gros que lui, qui lui serrait la gorge, lui comprimait le cœur, lui écrasait le corps. Un sanglot qui ne passerait pas, destiné à rester là


Son fils était mort

Leur fils était mort


On vint le relever. Ne restez pas là. Rentrez chez vous petit père. Des mains le soulevèrent et le posèrent sur son stylommatophore. Une voix claqua et la monture s’ébranla.

Combien d’heures resta-t-il ainsi prostré, combien de jours ?
Il savait qu’au moins une nuit s’était écoulée ainsi, son fidèle stylommatophore progressant régulièrement vers leur foyer. Ces animaux étaient doués d’un sens de l’orientation surprenant. Eussent-ils été plus rapides qu’on s’en serait sûrement servi de moyen de communication en plus que de transport. Zénophase se demandait pourquoi ces idées idiotes traversaient sa souffrance sans aucune considération.



Une pluie plus froide l’avait réveillé d’un frisson. L’habitude avait pris un contrôle relatif de son corps. Mettant ventre à terre, il avait cheminé aux côtés de son aimable bête, avançant pour avancer.


Le ciel de plomb strié d’étain broyait  lentement la marne boueuse qu’une pelouse de novembre éparse et maigre  peinait à couvrir de son déprimant vert-de-gris. 

Combien de kilomètres avaient-ils parcourus ?



Suffisamment en tout cas pour que quelques arbres aient survécu à la voracité démentielle des charpentiers qui consolidaient les tranchées. Ils tordaient leurs troncs vers le ciel, implorant, portant en leurs branches décharnées et tordues la multitude des charognards habillés de deuil. Dans quelques mois, ces oiseaux croassant leur sinistre augure devront changer de perchoir, pensa malgré lui Zénophase



Leur fils était mort.




Cela ne devait pas être, cela ne devrait jamais être. Les enfants sont faits pour survivre à leurs parents. À quoi avait servi qu’il vive, à quoi avait servi qu’ils vivent tous ? Tous ces efforts, toutes ces peines, toutes ces joies ?
Il s’arrêta.
Encore une fois le sanglot trop grand pour lui, trop grand pour respirer, pour vivre. 
Une petite voix, à peine perceptible, lui souffla à l’oreille : C’est n’est qu’une fin du monde.
Son fils était mort 

mercredi 20 mai 2015

 Pompyle Athanaze du Fégor 


D’une écriture sûre et allègre, Pompyle Athanaze du Fégor remplissait le formulaire d’adoption d’un de ses petits monstres. Son orphelinat ne désemplissait jamais assez, et chaque dossier complété qui offrait enfin la garde d’un de ses protégés à deux ou trois parents (ou un parent à plusieurs têtes) le mettait en joie. 

Il savait que ce n’était qu’une goutte de sueur et de sang dans l’océan, mais sauver l’avenir d’un gosse n’était pas rien. C’était même tout pour cet être en devenir. Et les deux cœurs de Pompyle se serraient d’une joie douloureuse. 


A chaque fois il se rappelait ce frais matin de novembre où le givre dessinait sur les fenêtres du dortoir une plaine fantasmagorique d’herbes géantes et pétrifiées. Le froid était si vif qu’il croyait son unique couverture trempée d’eau glacée. A chaque fois il revoyait les lits disposés en quinconce, le métal de leur montant qui apparaissait là où la peinture lâchait prise, le blafard reflet de la lumière d’hiver sur le parquet poli par le passage des générations d’orphelins. Tout était en nuance de terne, de blême, de vert de gris, et dans le ciel laiteux, une légende qu’on racontait aux enfants pour les faire cesser de pleurer parlait d’un soleil éclairant les nuages. Un jour pourtant, dans cette atmosphère figée, la voix du surgé héla son nom et brisa la torpeur.


Pompyle était à la fois au dessus du formulaire, dans son bureau familier et rassurant, et recroquevillé sur un lit d’infortune, avec ses congénères.

Dans ces cas, Pompyle tentait de se reprendre en changeant de centre d’intérêt. Les monstres se reproduisaient parfois sexuellement, parfois accidentellement, mais la plupart du temps, ils apparaissaient, comme l’avait constaté le savant philosophe autoproclamé Jarice Todt, par génération spontanée, appelée plus simplement abiogenèse. L’étymologie d’abiogenèse est élémentaire : d’aussi loin que l’histoire remonte, lorsqu’on donnait des oripeaux à un mendiant, ils étaient aussitôt envahis par la vermine. De là découla le proverbe : « de l’habit au  gêné se vient le vil », qui a donné par glissement sémantique et ouverture de la diphtongue par échappement latéral droit : «  de l’abiogenèse vient la vie ». Certains pédants vous feront des étymologies capilotractées donnant au « a « un caractère privatif, et donc a=non, bio= vie, genèse=création. Création à partir de rien… Vraiment les gens parfois.

Evidemment, la plupart des monstres naissaient dans l’ombre et l’humidité, là où pullulent les moisissures et autres champignons, voire même des mycéliums. Dans la pénombre propice, on pouvait apercevoir dans le gel translucide enveloppant les carpospores luire et battre des pompes minuscules comme autant de muscles cardiaques indistincts, renflements pulsant une hémolymphe nimbés d’une lueur glauque. A chaque peur, à chaque  dégoût, plaisir soudain ou rire impromptu, à chaque émotion passant à leur portée, les monstroculus la phagocytaient, s’en nourrissaient, croissaient et prospéraient. Et à chaque vague sentimentale, une nouvelle génération de monstrounets apparaissait, ramassée et rapidement prise  en charge par les fonctionnaires de la voirie et de la reproduction.


Et tous les monstres, ou quasi, passaient leurs premières années ainsi dans les orphelinats aux relents de casernes, à arpenter les couloirs sans âge et sans âme, dans un rituel aussi rigide qu’absurde. On les faisait aller des salles de classe au réfectoire, du réfectoire aux salles d’études, des sales d’études aux douches et des douches au dortoir. Tout y était fonctionnel et mal pratique, froid, aligné, rectangulaire, plat, terne et mort. Zut, Pompyle était retombé dans son enfance.


Et ce cri strident du surjé qui brise cette harmonie mélancolique : Pomp’, chez le dirlo, au trot
Et Pompyle de trotter
Qu’avait-il encore fait ?
Quelle serait la punition ?
Et le surgé qui sourit… Catastrophe, si ce sadique est heureux, c’est que je vais souffrir, se dit in petto et dans sa tête le petit Pompyle affolé
La porte immense du dirlo, dont le haut disparaissait dans le zénith, s’ouvra dans un grincement menaçant
Ce fut le jour où Pompyle rencontra ses parents



Et sur chaque formulaire qu’il complétait désormais, une larme d’émotion brouillait sa signature

samedi 4 avril 2015


Chiara Mantis

La petite Chiara grandit seule dans les bois d’Avalon, entourée d’un père italien et d’une mère sardonique
Alors que ses parents, pauvres et frustres charbonniers passaient leur journée à collecter le bois, la petite Chiara grandissait sans entrave, laissée à elle-même dans la petite hutte familiale, entourée d’animaux sauvages et d’un félin farouche. Elle passait le plus clair de son temps à dévorer le monde de ses yeux à facettes, pour le dessiner ensuite sur les écorces des bouleaux que son papou mettait à part pour elle.  Elle gribouillait au sol, les pattes écartées, un petit bout de charbon entre ses doigts décharnés, traçant par d’amples mouvements les courbes brisées, anguleuses, souples, déliés, compliquées, nerveuses ou douces de son univers et de ses habitants. Une ligne ondulante revenait sans cesse, celle de Benedict, le chat qui l’avait adoptée. Entre un paternel taiseux et une mère froide, il était son seul ami, son seul mentor.
De lui elle avait appris tant de choses. Il lui avait montré comment accueillir la provende lumineuse du soleil quand il perçait la canopée, comment présenter la joue à sa chaude caresse, et montrer son contentement les yeux mi-clos, sans ostentation, mais avec un ronronnement de bon aloi. Il lui avait enseigné comment tendre tous ses sens à la recherche de l’endroit parfait, comment renifler l’inaudible, écouter l’ineffable, ressentir l’insondable, pour que le corps entier dise alors comme un bloc que oui, définitivement, c’est là l’endroit idéal pour poser son cul et commencer à être heureux. De lui elle tenait aussi sa démarche d’ombre élégante, ses mouvements coulés, sa voix feutrée, son regard calme et perçant, sa retenue, sa manière de manger sans en avoir l’air et les crises de fous rires quand l’envie de jouer la submergeait. Benedict, comme un maître Taoïste à quatre pattes, sans parole, juste par l’exemple, lui avait transmis l’essentiel : l’acceptation de soi, de son animalité, la sagesse de la folie, l’unicité et l’interdépendance de toute chose. Et dans les bois, on pouvait les rencontrer, le maître et l’élève, les deux amis inséparables, indomptés, une coulée noire et une autre blanche, zigzagant entre les arbres, pêchant, chassant, vivant sans questionnement.
Puis vint l’école.
Trop grande, trop fière, Chiara, droite comme une flèche plantée dans le sol de la cour, fut accueillie par la masse grouillante et informe de ce qu’elle ne pouvait concevoir être ses congénères. A la place des visages de ses amis les cerfs, des lapins, des renards, des blaireaux, des corbeaux et de tant d’autres, et surtout de Benedict, se convulsaient des hures indéchiffrables et laides se fondant en un magma repoussant. Elle n’avait jamais beaucoup parlé, elle devint muette. En classe, corps étranger, elle fut rejetée en périphérie, au fond, où elle passait son temps comme un prisonnier, comptant les jours, les heures, les minutes avant chaque libération. Elle retraçait alors les portraits et les corps de ses amis, comme une invocation pour qu’ils vinssent la protéger du présent interminable. Elle résistait au chaos bruyant de ses condisciples en phase d’endoctrinement en dessinant l’élégance.
Les fins de semaines étaient les moments de bonheur solides, où elle pouvait retrouver Benedict, Avalon et sa belle rivière, la Jaimalla.
Un clair Lundi de printemps, dans la lumière parfaite d’un soleil indifférent, Benedict resta couché. La veille, comme chaque soir, il s’était lové sur les jambes de Chiara, mais ce matin là, il n’était plus qu’une bande de poils froide et raide.
Elle le porta face à la rivière et ils restèrent là un moment.  Dans la fraicheur du soir, elle le serra une dernière fois et l’abandonna dans l’eau claire. Il sembla nager une dernière fois, à la poursuite d’un dernier poisson, et il disparut dans l’ombre d’un remous.
Le lendemain elle partait pour Paris
Son talent lui permit de rapidement trouver de petits travaux, mais femelle dans un monde macho, elle ne fut jamais prise au sérieux.

Certains de ses amants se firent même passer pour les auteurs des merveilles qu’elle créait, laissant croire au public qu’ils étaient les inventeurs et qu’elle en était la copiste.
 Mais ils cessaient bizarrement d’être géniaux quand la belle excédée les virait de chez elle et de sa vie, et retombaient rapidement dans l’anonymat qu’ils méritaient.
                                                 
Malgré cela, elle devint l’artiste des artistes, la référence de tous les esthètes, et légua une ligne graphique considérable qui façonne encore aujourd’hui le monde de l’art
Reconnue comme une génite par ses pairs, l’ancienne mutique du fond de classe laissait parfois échapper quelques avis lapidaires sur ses collègues moins doués que son accent italo-sardonique atténuait à peine. Par exemple, à propos du peintre espagnol Chipasso, alors au faîte de sa gloire, elle écrivit : 
« Voila un grand garçon qui n'a pas compris le concept du cube à la maternelle, et qui n'a de cesse de se rappeler a quoi ça pouvait bien servir .Un fieffé apôtre du machisme à la touche aussi grossière que lui-même. »


Au milieu de sa vie, alors qu’elle se croyait vieille, elle rencontra un poète cynique et désabusé, qui à la moitié de sa vie, se croyait jeune. Ces deux êtres doués ne croyaient plus à l’amour. Mais l’amour croyait en eux et les unit jusqu'à leur dernier souffle

lundi 30 mars 2015


Après des années, des décennies que l’ennui et la solitude avaient peuplé de rêves languides, l’espoir était né dans le cœur de Franz. Ses racines s’étaient immiscées dans toutes les fibres de son être, il le sentait dans ses tripes, La tige s’était développée, avait redressé son thorax, relevé sa tête et la fleur avait épanoui sa corolle en son âme. Cet espoir était sa colonne vertébrale, et l’avait poussé à travailler avec acharnement. Dix années et neuf mois étaient passés depuis que Franz était tombé amoureux des courbes enchanteresses de la sculpture du génial golem tridactyle, Eusébio Praxitelos, « La Femme »
Dix années et neuf mois de passion furieuse, d’exaltation, d’essais, dix années et neuf mois d’essais, d’échecs, d’illuminations, de culs-de-sacs, d’anéantissement, passagers certes, mais profonds. Mais voilà, ce soir tout était oublié. Les douleurs de l’enfantement n’existent plus face au miracle de la vie, et devant toute la foule rassemblée dans le Grand Palais de l’exposition universelle, il pouvait enfin montrer au monde sa plus belle création, l’œuvre de toute une vie, Ava.
Il ne comprenait pas, ne cherchait pas à comprendre, comment, pourquoi il était dans cet état. Ava était sa création, et les mauvaises langues parisiennes avaient tôt fait de l’appeler « sa créature », il s’en fichait, il l’aimait, il était fou d’elle. Émerveillé par chacun de ses gestes, il s’étonnait que son œuvre, sans en être consciente, lui enseignât la vie, que par un geste, un sourire, elle lui en montra le prix. Créateur, ne devait-il pas en être le maître ? Il en connaissait chaque partie, des poumons aux viscères, les tendons animant la charpente du squelette, les câbles pour transmettre les informations, la pompe cardiaque, le pancréas pour réguler la glycémie, le foie où il avait rangé tout ce qui ne rentrait pas ailleurs pour filtrer, stocker, gérer, l’estomac, le cerveau aussi avait été un vrai casse-tête, ahah.. Bonne idée de mettre toute cette architecture auto-évolutive dans un substrat gélatineux, tout ça en plus n’était qu’une infime partie de l’architecture infiniment complexe qu’il avait mis au point avec son ami, son frère de cœur, Otto von Alsett… Sa tête tournait, Il la regardait, ébloui par elle ou la lumière du projecteur. Inconscient des regards dirigés sur eux. Elle venait de murmurer un bonjour gracile et un peu maladroit, comme un vol d’éphémère dans le brouhaha de l’amphithéâtre bondé, et la foule s’était tue.
Le lendemain, on pouvait lire dans la gazette du comptable, sous la plume du très raisonnable Vincent Zola : « D'abord décriée autant pour des raisons morales qu’esthétiques, "la femme" est devenue hier, lors de sa présentation à l’exposition universelle de 1900, la nouvelle coqueluche de la haute société parisienne, puis de tout Paris, et donc de la France. Gageons qu’elle deviendra rapidement celle du monde »

lundi 16 mars 2015

le chat de Paris descendait en ligne relativement ondulante du chat égyptien. Généralement gris entre deux eaux, il devenait noir dans la nuit et translucide dans le brouillard. Oscar Sauvage en fit un personnage important dans son roman "Alive au pays des mères vieilles". En effet, l'animal faisait le lien entre les différentes pensionnaires d'un mour.. hospice pour personnes âgées, et se faisait le chroniqueur des délires que provoquaient et la démence sénile et l'absinthe. Ami des poètes, des écrivains, des portes et des fenêtres ouvertes, le chat parisien a tout du courant d'air : caressant les gens au printemps, il les griffe en hiver, et laisse aux allergiques une envie d'éternuer .

dimanche 28 octobre 2012

Cher lecteur

Cher lecteur

Alors que j'explorais le grenier de ma grand-mère, étonnant résumé d'une vie exceptionnellement riche et longue qui la vit petite paysanne bretonne partant pour la capitale, y devenir bonne à tout faire puis gouvernante de petits princes russes exilés, espionne, résistante, femme de marin, entrepreneuse et matriarche crainte et obéie de toute sa descendance, je tombais entre deux mannequins de couture et quelques cartons à chapeaux sur une malle trop richement ouvragée pour appartenir à ma modeste famille.Trop impatient pour en chercher la clef, et doutant qu'il y en ait une qui ouvrit le cadenas énorme et rouillé, j'en démontais les charnières et découvris alors une masse de photos et de documents exceptionnels.

Au départ j'ai moi-même cru à un canular fantastique, ma famille n'étant pas la dernière pour la plaisanterie, mais en recoupant les informations des documents écrits, des photos, des lettres, des plans, des actes notariés, j'ai pu reconstituer un monde non seulement disparu, mais scandaleusement caché. Dès lors, chaque élément qui dans notre histoire me paraissait bizarre, dont l'explication ne m'avait jusqu'ici qu'en partie convaincu, trouvait là un éclairage aussi limpide qu'inédit.

C'est grâce à un travail de bénédictin que j'ai pu restaurer les quelques photos et quelques écrits présentés ici, ressuscitant une époque qui fut par la suite totalement réécrite.

Je peux maintenant vous démontrer que, contrairement à ce que relate ce roman apocryphe « les mystères de Paris » d'Eugène Sue, originellement titré « les monstres de Paris » de Jane Sweat, ce sont les monstres qui firent de la France la nation triomphante qu'elle était, ce sont eux qui en écrivirent les plus belles pages, peignèrent  les plus belles représentations, en chantèrent les plus belles chansons.L'homme les a remplacés, occultés, niés, effacés.
 Il s'est approprié le monde qu'ils avaient façonné, et l'opprobre que nous jetons encore sur nos prédécesseurs n'est que la manifestation de la honte que cette vilenie provoque en nous.

Il est temps de reconnaître notre dette et rendre à César ce qui appartient à Zénophase Athénor de la Louze, Polycarpe De La Manche, Eusébio Praxitélos, Otto Rivers von Alset, Vincent, Gorgonn et Astorpia Zola et autres Philémond Résimond Octave Ursule Symphorien Thiburce de Mare-Ciel (dit Proust)

Hélas, les archives en ma possession ne recouvrent que le XIXème et le début du XXème siècle mais je ne désespère pas de trouver des preuves plus anciennes qui montreront qu'en vérité ce sont les monstres qui firent œuvre de civilisation.


Votre dévouéDavid Cochard

vendredi 19 octobre 2012

L'expo continue, 32 rue de Liège, métro Liège :)

Après avoir trouvé le cœur d’Astorpia sans sa sœur autour, Gorgonn se montra inconsolable. Il avait perdu en même temps les deux êtres qu’il aimait le plus au monde.
Et tous les gens qu’il avait connus, tous ceux qu’il avait touchés de sa sensibilité, de sa douceur, tous ceux qu’il avait secouru d’un tentacule léger, l’air de rien, comme regardant le ciel en même temps, tous ceux-là sentaient en eux leur âme se serrer, le ciel s’alourdir, la vie devenir grise, dure et froide.
Et c’est autant pour alléger leur peine, conjurer le sort que pour venir en aide à leur ami qu’ils décidèrent de lancer une souscription afin d’édifier autour du cœur d’Astorpia, à la place de sa petite maison faite de bric et de broc, qui seule sur la butte Monmartre dominait Paris, à cet endroit même où chaque soir  les deux amants constellaient de leurs rires et de leurs chicaneries le firmament parisien.
Gorgonn fut touché.  Jamais il ne s’était douté de l’affection qu’on lui portait.
 Mais il ne luisait plus comme avant. Il avait conservé  son humeur affable, son humour doux et tranquille, mais il avait perdu quelque chose. Comme si sa transparence était devenue vacance. Un vide.
Sa voix elle-même avait comme un écho, un écho lointain, celui d’un temps où les siens l’entouraient et le rendaient plus vivant qu’aujourd’hui.

Cependant, les inconnus qui par curiosité pénétraient cet étrange édifice étaient irrémédiablement attirés par la lumière qui brillait sur l’autel. 
De plus près ils pouvaient voir le cœur, sa forme élégante, et s’ils s’approchaient suffisamment, le coupant en deux, une strie presque imperceptible, traçant un fil d’or, qui en montrait la brisure. 
Mais en sortant, ils n’étaient pas triste. Ils avaient vu la beauté. Ce qu’elle a d’exaltant comme ce qu’elle a de tragique. Ils étaient changés, et sortaient du Sacré cœur conscients que la vie était plus profonde, plus triste, mais surtout plus belle qu’ils ne l’avaient jamais imaginée.
  

samedi 6 octobre 2012

Polycarpe Desmanches, président de la république française

Polycarpe de La Manche est né le 8 avril 1823 à Tarbes.
Sa mère, cultivatrice, qu’un bourgeois local avait épousée afin de pouvoir de sa première syllabe user, l’avait prénommé Polycarpe car elle croyait que ce nom le prédestinerait à la politesse du cyprinidé, animal qu’elle révérait depuis toute petite pour sa sagesse simple et son caractère paisible.
Mais le père, Séverus Sancho de La Manche avait pour son héritier d’autres ambitions que celle d’un poisson d’eau douce.
Lui-même politicien habile, il était depuis toujours maire de la ville natale du petit Polycarpe.  L’esprit vif, volontiers moqueur, on l’appela dans son pays le roi de la mise en boîte. Orateur laborieux, il fut néanmoins l’auteur d’une maxime restée célèbre en son pays :  « mieux vaut Tarbes que jamais. »
Conservateur, il promut l’appertisation dans tous les domaines.
Il incita son fils à se lancer dans la politique et l’enjoint de monter à Paris.
Polycarpe, en digne disciple fit preuve d’inventivité en trouvant ce slogan : «  Je Paris sur l’avenir ».
Passionné de sciences et de techniques, sûr que l’avenir ne serait que progrès sans limite, il fut à l’origine des expositions universelles.
Sa carrière politique fut malgré les changements de régime, les révolutions, les années bien et les empires,  une route relativement linéaire vers le succès. Politicien habile, il sut retourner sa veste aux moments opportuns, puis sa culotte, puis virer de bord, voire sa cuti selon ce qu’exigeaient les circonstances.
Il ne prit jamais aucune décision qui vraiment fâchât les parisiens, et finit par se retrouver président d’une république qui venait de naître. Et si ses ennemis dirent de lui qu’il était le seul cyclope tubulocéphale qui louchât constamment sur le pouvoir, le peuple aimait sa bonne humeur et ce qu’il prenait pour de l’innocuité. 
La petite carpe était devenue requin.