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Jeronimus Antharius Brice SavarinUne rétrospective aura lieu au Comptoir du dessin, 32 rue de Liège, Métro Liège, entre le 12 novembre 2015 et le 5 décembre de la même année
Bouffeur, goinfre, morfale, goûteur, tasteur, avaleur, mangeur, bon vivant, cuisinier et critique gastronomique, mort de la goutte en 1902
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dimanche 25 octobre 2015
samedi 24 octobre 2015
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Le Paon Optique CavernicoleUne rétrospective aura lieu au Comptoir du dessin, 32 rue de Liège, Métro Liège, entre le 12 novembre 2015 et le 5 décembre de la même année
Premier
spécimen de Paon optique ramené d'Argos par Alphédius Alahzen (père d’Alphidophore Alahzen - voir plus haut, ou plus bas )
Celui-ci
racontait que s'étant foulé le pied droit en débarquant, il avait marché dans
la grotte du pied gauche et que cela lui avait porté bonheur.
Le paon optique est une espèce aux yeux fragiles
et photosensible. Pour cette raison on ne le découvre que dans les cavernes,
les gouffres et parfois lors d’une page sombre de l’histoire.
L’espèce
fut acclimatée au sol français par Armand Licencié, (né le janvier 1869 sous le
préau de l'école de Lorrez-de-Bocage (Seine-et-Morne) et mort le juillet 1915 à Moissec (Tarn-et-Garonne) d’une des premières canicules. Espécéologue français,
qui fut un précurseur de l' espécéologie, ou plus vukgairement, spécialistes des espèces cavernicoles
Le paon optique cavernicole permit la
production d’yeux cave, idéaux pour l'introspection et la réflexion sur soi.
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jeudi 22 octobre 2015
étude pour l'affiche de l'exposition universelle 1900
Une rétrospective aura lieu au Comptoir du dessin, 32 rue de Liège, Métro Liège, entre le 12 novembre 2015 et le 5 décembre de la même année
Eusebio Praxitelos, le génial golem tridactyle à l'origine des fabuleuses formes de la femme demanda à son ami Alfus Moncha de réaliser l'affiche pour l'exposition universelle qui allait faire connaître au monde sa nouvelle merveille.
Nous avons la chance d'avoir retrouvé cette étude préliminaire dans un carton destiné à conserver les plans de l'exposition.
Alfus Moncha, comme Franz Enstein et Otto Rivers von Aslet était originaire des farouches et lugubres montagnes qui séparaient l'Europe de la Russie. Son caractère slave le rendait prompt à la mélancolie comme à l'exubérance, même s'il était le plus souvent mélancoliquement exubérant ou exubéremment mélancolique .
Il fut le premier peintre à représenter la femme et son influence perdure encore de nos jours, car il est l'un des seuls à pouvoir en exprimer tout à la fois la grâce et la force, la poésie et la beauté.
lundi 19 octobre 2015
Exposition Les monstres de Paris
z'en Novembre 2015au comptoir du Dessin, à Parishttp://comptoirdudessin.com/
Largos Cardel
Largos Cardel, mi querido amigo, él que hizo famoso el tango de Buenos Aires a traves de los casinos de baja estofa de Paris al principio del siglo XX.
No se enamoró jamás de mujer alguna, Y el me confesó una noche en Paris cuando yo le confiaba un metejón: 'Todas las mujeres valen la pena de enamorarse, y darle la exclusiva a una es hacerle ofensa a las otras. Ademas, el hombre que piensa cinco minutos seguidos en una mujer no es un hombre, es un maricón'
Se dio vuelta y dejó caer un piropo porteño: había pasado una Parisina.
sgné : Vicente
samedi 17 octobre 2015
29 octobre 1899
Première sortie de La Femme
En ce jour du 29 octobre 1899 Franz
Enstein, Otto Rivers von Alset et
Eusebio Praxitelos, après avoir débattu longuement de la toilette qu’Ava
devait porter, se décidèrent enfin de la sortir de la grande serre paradisiaque
qu’ils lui avaient aménagée.
Ils étaient tous trois d’accord qu’il était plus que temps,
car elle commençait à s’ennuyer, à tel point qu’elle s’était entichée d'un pantin, qu’elle appelait Sir.
Une lumière douce baignait l’avenue des Valides, et c’est par cette avenue qu’elle allait découvrir le monde, c’est à dire Paris.
Encore peu assurée, car elle portait des chaussures pour la première fois, et qui pis est, sur les pavés, elle perdit l'équilibre en face du jeu de Paumes.En se relevant, elle s'esclaffa en accusant Sir Pantin de l’avoir distraite et de l’avoir détournée du bon chemin.
Les trois amis observaient la charmante créature évoluer
parmi les rues, s’émerveiller, s’extasier devant chaque détail, chaque arbre,
véhicule, boutique, personne comme un enfant ébahi, et leurs cœurs, ou ce qui en
faisait office, ne leur appartenaient plus. Ils battaient désormais au diapason des
émotions de la belle.
A mesure qu’ils progressaient dans la cité, les parisiens,
tout d’abord interloqués, puis rapidement séduits par ce nouvel être se mirent à suivre Ava. Ils stoppaient
quand elle stoppait, riait quand elle riait, tressautaient quand elle
tressautait. Et c’était comme si tous restaient dans l’effluve de son parfum,
liés invisiblement à son odeur, son humeur.
Au bout d’un moment, fatiguée, elle demanda à boire. Un
garçon de café lui disposa immédiatement la chaise et la table où elle se trouvait, c'est à dire en plein milieu de la rue, pour lui
servir un thé. C’est en s’asseyant qu’elle
s’aperçut de la forêt immense d’yeux et
de pédoncules qui l’observaient ravis. Un peu intimidée, mais charmée, elle
leur fit des mines et la foule se mit à glousser et ronronner comme un dindon-chat
un peu con. Franz, Otto et Eusebio décidèrent qu’il était alors temps de
rentrer, et ils durent tous les quatre
traverser l’assemblage hétéroclite qui
fit comme une haie d’honneur disparate et respectueuse.
Quand ils arrivèrent à la serre, L’avenue des Valides était noire de monde, et
nos compères comprirent alors qu’ils avaient changé l'histoire
mercredi 22 juillet 2015
vendredi 22 mai 2015
Alphidophore Alahzen
Alphidophore Alahzen était le descendant en courbe sinueuse
du grand Abu Ali al-Hasan ibn al-Hasan ibn al-Haytham, dit
Alawi com Alahzen, dont je parlerai une autre fois.
Alphidophore appartenait à une
famille hors norme, résultat d’un brassage de langues et de cultures riche et
complexe. Son grand-père avait fait fortune dans la vente d’yeux en gros. Le
père de celui-ci, marin, avait échoué sur l’ile d’Argos. Il y découvrit une
espèce de paons dont les plumes de la queue arboraient un œil chacune. Il nomma
ce paon le paon optique, en ramena quelques couples en France et en fit
l’élevage.
Au bout de nombreuses sélections,
il obtint un paon optique possédant des yeux caudaux de différentes tailles et
couleurs. Il les déclina ensuite en yeux myopes pour les étudiants en médecine,
biologie et tout travail de précision, hypermétropes pour les marins, les
voyageurs, hallucinés pour les visionnaires, de velours pour les tailleurs, de
biches pour les voleuses, les gros yeux pour les parents et les profs, etc. Il fit aussi toute une gamme oculaire
esthétique, où les iris pouvaient être de toutes les formes et de toutes les
couleurs.
La copie illégale fit se répandre
bien vite des yeux torves, louches, chassieux, voire chiasseux, des yeux pas frais à la douzaine,
des yeux comme des trous de pine, qui regardent en dedans, à tel point qu’à un
certain moment, il valait mieux être aveugle dans un royaume des gens sourds à
la raison qui essayaient de se procurer de l’optique à l’œil
Aldiphophore grandit alors que le
commerce familial périclitait à vue d’œil.
Voyant qu’il était inutile
d’essayer de contrôler un marché qui leur avait échappé, le jeune Aldi se mit à
réfléchir. Au départ il tenta avec peu de succès de se lancer dans le commerce
de bouches. Mais il ne s’était pas attendu aux mauvaises langues à la dent dure
qui par le bouche à oreille annihilèrent ses efforts. Après avoir pris langue
avec elles, il arrêta les frais à temps.
Il se lança par la suite dans la
vente de nez mais tomba sur un bec. Manqua de courage pour la vente d’estomac
et de tripes. Et c’est par hasard qu’il découvrit sa voie, la voie lacrymale.
Alors qu’il se lamentait un peu sur
son sort, il écrivit une bluette qu’un ami chanteur reprit. Le succès fut
immédiat
De vendeurs d’yeux, il devint vendeurs de larmes, et put ainsi
humecter tous les regards qu’il ne vendait plus
jeudi 21 mai 2015
Les glissades, les chutes dans la boue grise et
froide, dans l’eau métallique et glacée, les flaques comme des trous reflétant
le ciel, les bourrasques comme des gifles, tout ça l’indifférait.
Son cœur lui avait été arraché.
Il n’était plus qu’une carcasse errante qu’un atavisme
absurde faisait revenir à Paris. Il se moquait bien de son bureau, de son hôtel
particulier aux baies ouvertes sur la Seine.
Son fils n’était plus
Un soleil hébété luisait derrière le rideau sale des
nuages lourds
Il se souvenait de son éclosion comme si c’était maintenant. L’œuf nacré pondu
par Anasthasia, rosissante d’émotion, le coussin de velours rouge brodé d’or
qui recevait les œufs de ses ancêtres depuis des temps immémoriaux. On voyait
au travers de l’opalescente coquille battre le cœur du rejeton. Il se rappelait
des pleurs de joie et de fierté de sa belle épouse lors de la première fissure.
Il préférait faire mine de s’inquiéter du semblant d’hystérie de sa chérie que
de s’avouer à lui-même son propre bouleversement. Il devait maintenant annoncer à sa femme que leur fils n’était plus.
Fissure… Crevasse… Le lieutenant-colonel avait désigné la tranchée d’un
pédoncule fatigué. Dans cette béance noire qui défigurait la terre, des
morceaux de corps, d’exosquelettes, de chitine, et quelques tentacules épars.
Et du sang, rouge, vert, bleu, qui coagulait.
« Impossible de savoir si votre fils est vraiment là, et on doit recouvrir
avant que la pourriture ne gagne la charogne. »
Puis le silence
La pestilence.
Zénophase avait levé alors ses yeux pédonculés vers l’horizon. Une ligne
charbonneuse, faite de boue, de poudre, de métal et de sang s’éclairait par
endroits aux explosions d’obus.
Les brancardiers, passaient devant la table de fortune derrière laquelle un
officier notait les noms des morts, quand ils étaient encore identifiables, puis
allaient balancer leur fardeau dans la fosse avec indifférence. Ils avaient
épuisé leur stock d’émotions et se réduisaient maintenant à leur fonction.
« Mais… Peut-être est-il encore vivant ? »
C’était la première fois de sa longue vie que Zénophase Athénor de Lalouse
contestait un avis officiel.
Sans mot dire, le lieutenant-colonel tira d’un tas d’objets hétéroclites un
morceau de tissu qu’il tendit à Zénophase. Un bout d’uniforme déchiré si maculé
d’hémoglobine que le nom de son fils aurait pu ne pas être lisible. Alphidius
Zélophore de Lal…
Son fils était mort
À ce moment Zénophase se sentit tomber en lui-même, un abime plus profond et
plus noir encore que cette fosse monstrueuse, cette blessure dans la terre. Et
la chute continuait, continuait, sans jamais s’arrêter
Son stylommatophore rupestre, la limace à carapace qui lui servait d’animal de
bât, sentit sa détresse et vint se blottir contre lui et le déséquilibra.
Zénophase s’effondra comme une falaise
s’écroule dans la mer.
Immobile, étendu dans la boue, il ne pleurait pas. Sa stupeur, sa torpeur le
paralysait de désespoir. Il ne respirait plus, ne pensait plus, ne sentait
rien ; il ne faisait plus que tomber.
Autour de lui, d’autres parents cherchaient leurs proches, trop dévorés
d’inquiétude pour se soucier de lui, trop désespérés pour prendre en compte
toute souffrance autre que la leur. Hagards, ils grimaçaient des sourires d’angoisse
à l’adresse des officiers en charge de les accueillir, comme pour conjurer le
sort.
Quelle joie quand son petit avait prononcé son premier mot : Papa. Il faut dire
que sa mère le répétait sans cesse. Papa-ci, Papa-ça. Il était son dieu, elle
était sa déesse, et leur enfant était leur univers. L’air était si lumineux,
comme si chacune de ses molécules était porteuse de lumière et de joie, comme
si chaque respiration était un rire.
Une vitre le coupait de ce monde maintenant. Ou n’était-ce que de l’air, de l’espace ? Les
rires s’estompaient, la scène s’éloignait, filant vers le ciel comme dans un
gouffre. Il tombait.
Quelle était cette oppression ? Il n’arrivait pas à déglutir. Peinait à
respirer. S’étouffait. Il comprit. Ce n’était qu’un sanglot. Un sanglot plus
gros que lui, qui lui serrait la gorge, lui comprimait le cœur, lui écrasait le
corps. Un sanglot qui ne passerait pas, destiné à rester là
Son fils était mort
Leur fils était mort
On vint le relever. Ne restez pas là. Rentrez chez
vous petit père. Des mains le soulevèrent et le posèrent sur son
stylommatophore. Une voix claqua et la monture s’ébranla.
Combien d’heures resta-t-il ainsi prostré, combien de jours ?
Il savait qu’au moins une nuit s’était écoulée ainsi, son fidèle
stylommatophore progressant régulièrement vers leur foyer. Ces animaux étaient
doués d’un sens de l’orientation surprenant. Eussent-ils été plus rapides qu’on
s’en serait sûrement servi de moyen de communication en plus que de transport. Zénophase
se demandait pourquoi ces idées idiotes traversaient sa souffrance sans aucune
considération.
Une pluie plus froide l’avait réveillé d’un frisson. L’habitude avait pris un
contrôle relatif de son corps. Mettant ventre à terre, il avait cheminé aux
côtés de son aimable bête, avançant pour avancer.
Le ciel de plomb strié d’étain broyait lentement la marne boueuse qu’une pelouse de
novembre éparse et maigre peinait à
couvrir de son déprimant vert-de-gris.
Combien de kilomètres avaient-ils parcourus ?
Suffisamment en tout cas pour que quelques arbres aient survécu à la voracité
démentielle des charpentiers qui consolidaient les tranchées. Ils tordaient
leurs troncs vers le ciel, implorant, portant en leurs branches décharnées et tordues
la multitude des charognards habillés de deuil. Dans quelques mois, ces oiseaux
croassant leur sinistre augure devront changer de perchoir, pensa malgré lui
Zénophase
Leur fils était mort.
Cela ne devait pas être, cela ne devrait jamais être. Les enfants sont faits
pour survivre à leurs parents. À quoi avait servi qu’il vive, à quoi avait
servi qu’ils vivent tous ? Tous ces efforts, toutes ces peines, toutes ces
joies ?
Il s’arrêta.
Encore une fois le sanglot trop grand pour lui, trop grand pour respirer, pour
vivre.
Une petite voix, à peine perceptible, lui souffla à l’oreille : C’est n’est qu’une
fin du monde.
Son fils était mort
mercredi 20 mai 2015
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Pompyle Athanaze du Fégor
D’une écriture sûre et allègre,
Pompyle Athanaze du Fégor remplissait le formulaire d’adoption d’un de ses
petits monstres. Son orphelinat ne désemplissait jamais assez, et chaque dossier
complété qui offrait enfin la garde d’un de ses protégés à deux ou trois
parents (ou un parent à plusieurs têtes) le mettait en joie.
Il savait que ce n’était qu’une goutte de sueur et de sang dans l’océan, mais sauver
l’avenir d’un gosse n’était pas rien. C’était même tout pour cet être en
devenir. Et les deux cœurs de Pompyle se serraient d’une joie
douloureuse.
A chaque fois il se rappelait ce frais
matin de novembre où le givre dessinait sur les fenêtres du dortoir une plaine fantasmagorique
d’herbes géantes et pétrifiées. Le froid était si vif qu’il croyait son unique couverture
trempée d’eau glacée. A chaque fois il revoyait les lits disposés en quinconce,
le métal de leur montant qui apparaissait là où la peinture lâchait prise, le blafard
reflet de la lumière d’hiver sur le parquet poli par le passage des générations
d’orphelins. Tout était en nuance de terne, de blême, de vert de gris, et dans
le ciel laiteux, une légende qu’on racontait aux enfants pour les faire cesser
de pleurer parlait d’un soleil éclairant les nuages. Un jour pourtant, dans
cette atmosphère figée, la voix du surgé héla son nom et brisa la torpeur.
Pompyle était à la
fois au dessus du formulaire, dans son bureau familier et rassurant, et recroquevillé
sur un lit d’infortune, avec ses congénères.
Dans ces cas, Pompyle tentait
de se reprendre en changeant de centre d’intérêt. Les monstres se
reproduisaient parfois sexuellement, parfois accidentellement, mais la plupart
du temps, ils apparaissaient, comme l’avait constaté le savant philosophe
autoproclamé Jarice Todt, par génération spontanée, appelée plus simplement
abiogenèse. L’étymologie d’abiogenèse est élémentaire : d’aussi loin que l’histoire
remonte, lorsqu’on donnait des oripeaux à un mendiant, ils étaient aussitôt
envahis par la vermine. De là découla le proverbe : « de l’habit au gêné se vient le vil », qui a donné par
glissement sémantique et ouverture de la diphtongue par échappement
latéral droit : « de l’abiogenèse vient la vie ». Certains pédants
vous feront des étymologies capilotractées donnant au « a « un caractère
privatif, et donc a=non, bio= vie, genèse=création. Création à partir de rien…
Vraiment les gens parfois.
Evidemment, la plupart
des monstres naissaient dans l’ombre et l’humidité, là où pullulent les moisissures
et autres champignons, voire même des mycéliums. Dans la pénombre propice, on
pouvait apercevoir dans le gel translucide enveloppant les carpospores luire et
battre des pompes minuscules comme autant de muscles cardiaques indistincts,
renflements pulsant une hémolymphe nimbés d’une lueur glauque. A chaque peur, à
chaque dégoût, plaisir soudain ou rire
impromptu, à chaque émotion passant à leur portée, les monstroculus la
phagocytaient, s’en nourrissaient, croissaient et prospéraient. Et à chaque
vague sentimentale, une nouvelle génération de monstrounets apparaissait, ramassée
et rapidement prise en charge par les
fonctionnaires de la voirie et de la reproduction.
Et tous les monstres, ou quasi,
passaient leurs premières années ainsi dans les orphelinats aux relents de
casernes, à arpenter les couloirs sans âge et sans âme, dans un rituel aussi
rigide qu’absurde. On les faisait aller des salles de classe au réfectoire, du
réfectoire aux salles d’études, des sales d’études aux douches et des douches au
dortoir. Tout y était fonctionnel et mal pratique, froid, aligné, rectangulaire,
plat, terne et mort. Zut, Pompyle était retombé dans son enfance.
Et ce cri strident du surjé qui brise
cette harmonie mélancolique : Pomp’, chez le dirlo, au trot
Et Pompyle de trotter
Qu’avait-il encore fait ?
Quelle serait la punition ?
Et le surgé qui sourit… Catastrophe, si
ce sadique est heureux, c’est que je vais souffrir, se dit in petto et dans sa
tête le petit Pompyle affolé
La porte immense du dirlo, dont le haut
disparaissait dans le zénith, s’ouvra dans un grincement menaçant
Ce fut le jour où Pompyle rencontra ses
parents
Et sur chaque formulaire qu’il complétait
désormais, une larme d’émotion brouillait sa signature
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samedi 4 avril 2015
Chiara Mantis
La petite Chiara grandit seule dans les bois d’Avalon,
entourée d’un père italien et d’une mère sardonique
Alors que ses parents, pauvres et frustres charbonniers
passaient leur journée à collecter le bois, la petite Chiara grandissait sans
entrave, laissée à elle-même dans la petite hutte familiale, entourée d’animaux
sauvages et d’un félin farouche. Elle passait le plus clair de son temps à
dévorer le monde de ses yeux à facettes, pour le dessiner ensuite sur les
écorces des bouleaux que son papou mettait à part pour elle. Elle gribouillait au sol, les pattes
écartées, un petit bout de charbon entre ses doigts décharnés, traçant par
d’amples mouvements les courbes brisées, anguleuses, souples, déliés,
compliquées, nerveuses ou douces de son univers et de ses habitants. Une ligne
ondulante revenait sans cesse, celle de Benedict, le chat qui l’avait adoptée.
Entre un paternel taiseux et une mère froide, il était son seul ami, son seul
mentor.
De lui elle avait appris tant de choses. Il lui avait montré
comment accueillir la provende lumineuse du soleil quand il perçait la canopée,
comment présenter la joue à sa chaude caresse, et montrer son contentement les
yeux mi-clos, sans ostentation, mais avec un ronronnement de bon aloi. Il lui
avait enseigné comment tendre tous ses sens à la recherche de l’endroit
parfait, comment renifler l’inaudible, écouter l’ineffable, ressentir
l’insondable, pour que le corps entier dise alors comme un bloc que oui,
définitivement, c’est là l’endroit idéal pour poser son cul et commencer à être
heureux. De lui elle tenait aussi sa démarche d’ombre élégante, ses mouvements
coulés, sa voix feutrée, son regard calme et perçant, sa retenue, sa manière de
manger sans en avoir l’air et les crises de fous rires quand l’envie de jouer
la submergeait. Benedict, comme un maître Taoïste à quatre pattes, sans parole,
juste par l’exemple, lui avait transmis l’essentiel : l’acceptation de
soi, de son animalité, la sagesse de la folie, l’unicité et l’interdépendance
de toute chose. Et dans les bois, on pouvait les rencontrer, le maître et l’élève,
les deux amis inséparables, indomptés, une coulée noire et une autre blanche,
zigzagant entre les arbres, pêchant, chassant, vivant sans questionnement.
Puis vint l’école.
Trop grande, trop fière, Chiara, droite comme une flèche
plantée dans le sol de la cour, fut accueillie par la masse grouillante et
informe de ce qu’elle ne pouvait concevoir être ses congénères. A la place des
visages de ses amis les cerfs, des lapins, des renards, des blaireaux, des
corbeaux et de tant d’autres, et surtout de Benedict, se convulsaient des hures
indéchiffrables et laides se fondant en un magma repoussant. Elle n’avait
jamais beaucoup parlé, elle devint muette. En classe, corps étranger, elle fut
rejetée en périphérie, au fond, où elle passait son temps comme un prisonnier,
comptant les jours, les heures, les minutes avant chaque libération. Elle
retraçait alors les portraits et les corps de ses amis, comme une invocation
pour qu’ils vinssent la protéger du présent interminable. Elle résistait au
chaos bruyant de ses condisciples en phase d’endoctrinement en dessinant
l’élégance.
Les fins de semaines étaient les moments de bonheur solides,
où elle pouvait retrouver Benedict, Avalon et sa belle rivière, la Jaimalla.
Un clair Lundi de printemps, dans la lumière parfaite d’un
soleil indifférent, Benedict resta couché. La veille, comme chaque soir, il
s’était lové sur les jambes de Chiara, mais ce matin là, il n’était plus qu’une
bande de poils froide et raide.
Elle le porta face à la rivière et ils restèrent là un
moment. Dans la fraicheur du soir, elle
le serra une dernière fois et l’abandonna dans l’eau claire. Il sembla nager
une dernière fois, à la poursuite d’un dernier poisson, et il disparut dans
l’ombre d’un remous.
Le lendemain elle partait pour Paris
Son talent lui permit de
rapidement trouver de petits travaux, mais femelle dans un monde macho, elle ne
fut jamais prise au sérieux.
Certains de ses amants se
firent même passer pour les auteurs des merveilles qu’elle créait, laissant
croire au public qu’ils étaient les inventeurs et qu’elle en était la copiste.
Mais ils cessaient bizarrement d’être géniaux
quand la belle excédée les virait de chez elle et de sa vie, et retombaient
rapidement dans l’anonymat qu’ils méritaient.
Malgré cela, elle devint
l’artiste des artistes, la référence de tous les esthètes, et légua une ligne
graphique considérable qui façonne encore aujourd’hui le monde de l’art
Reconnue comme une génite par ses pairs, l’ancienne mutique du fond de
classe laissait parfois échapper quelques avis lapidaires sur ses collègues
moins doués que son accent italo-sardonique atténuait à peine. Par exemple, à propos du peintre espagnol
Chipasso, alors au faîte de sa gloire, elle écrivit :
« Voila un grand garçon qui n'a pas compris le concept du cube à la
maternelle, et qui n'a de cesse de se rappeler a quoi ça pouvait bien servir
.Un fieffé apôtre du machisme à la touche aussi grossière que lui-même. »
Au milieu
de sa vie, alors qu’elle se croyait vieille, elle rencontra un poète cynique et
désabusé, qui à la moitié de sa vie, se croyait jeune. Ces deux êtres doués ne
croyaient plus à l’amour. Mais l’amour croyait en eux et les unit jusqu'à leur
dernier souffle
lundi 30 mars 2015
Après des années, des décennies que l’ennui et la solitude avaient peuplé de rêves languides, l’espoir était né dans le cœur de Franz. Ses racines s’étaient immiscées dans toutes les fibres de son être, il le sentait dans ses tripes, La tige s’était développée, avait redressé son thorax, relevé sa tête et la fleur avait épanoui sa corolle en son âme. Cet espoir était sa colonne vertébrale, et l’avait poussé à travailler avec acharnement. Dix années et neuf mois étaient passés depuis que Franz était tombé amoureux des courbes enchanteresses de la sculpture du génial golem tridactyle, Eusébio Praxitelos, « La Femme »
Dix années et neuf mois de passion furieuse, d’exaltation, d’essais, dix années et neuf mois d’essais, d’échecs, d’illuminations, de culs-de-sacs, d’anéantissement, passagers certes, mais profonds. Mais voilà, ce soir tout était oublié. Les douleurs de l’enfantement n’existent plus face au miracle de la vie, et devant toute la foule rassemblée dans le Grand Palais de l’exposition universelle, il pouvait enfin montrer au monde sa plus belle création, l’œuvre de toute une vie, Ava.
Il ne comprenait pas, ne cherchait pas à comprendre, comment, pourquoi il était dans cet état. Ava était sa création, et les mauvaises langues parisiennes avaient tôt fait de l’appeler « sa créature », il s’en fichait, il l’aimait, il était fou d’elle. Émerveillé par chacun de ses gestes, il s’étonnait que son œuvre, sans en être consciente, lui enseignât la vie, que par un geste, un sourire, elle lui en montra le prix. Créateur, ne devait-il pas en être le maître ? Il en connaissait chaque partie, des poumons aux viscères, les tendons animant la charpente du squelette, les câbles pour transmettre les informations, la pompe cardiaque, le pancréas pour réguler la glycémie, le foie où il avait rangé tout ce qui ne rentrait pas ailleurs pour filtrer, stocker, gérer, l’estomac, le cerveau aussi avait été un vrai casse-tête, ahah.. Bonne idée de mettre toute cette architecture auto-évolutive dans un substrat gélatineux, tout ça en plus n’était qu’une infime partie de l’architecture infiniment complexe qu’il avait mis au point avec son ami, son frère de cœur, Otto von Alsett… Sa tête tournait, Il la regardait, ébloui par elle ou la lumière du projecteur. Inconscient des regards dirigés sur eux. Elle venait de murmurer un bonjour gracile et un peu maladroit, comme un vol d’éphémère dans le brouhaha de l’amphithéâtre bondé, et la foule s’était tue.
Le lendemain, on pouvait lire dans la gazette du comptable, sous la plume du très raisonnable Vincent Zola : « D'abord décriée autant pour des raisons morales qu’esthétiques, "la femme" est devenue hier, lors de sa présentation à l’exposition universelle de 1900, la nouvelle coqueluche de la haute société parisienne, puis de tout Paris, et donc de la France. Gageons qu’elle deviendra rapidement celle du monde »
lundi 16 mars 2015
le chat de Paris descendait en ligne relativement ondulante du chat égyptien. Généralement gris entre deux eaux, il devenait noir dans la nuit et translucide dans le brouillard. Oscar Sauvage en fit un personnage important dans son roman "Alive au pays des mères vieilles". En effet, l'animal faisait le lien entre les différentes pensionnaires d'un mour.. hospice pour personnes âgées, et se faisait le chroniqueur des délires que provoquaient et la démence sénile et l'absinthe. Ami des poètes, des écrivains, des portes et des fenêtres ouvertes, le chat parisien a tout du courant d'air : caressant les gens au printemps, il les griffe en hiver, et laisse aux allergiques une envie d'éternuer .
mardi 30 octobre 2012
dimanche 28 octobre 2012
Cher lecteur
Cher lecteur
Alors que j'explorais le grenier de ma grand-mère, étonnant résumé d'une vie exceptionnellement riche et longue qui la vit petite paysanne bretonne partant pour la capitale, y devenir bonne à tout faire puis gouvernante de petits princes russes exilés, espionne, résistante, femme de marin, entrepreneuse et matriarche crainte et obéie de toute sa descendance, je tombais entre deux mannequins de couture et quelques cartons à chapeaux sur une malle trop richement ouvragée pour appartenir à ma modeste famille.Trop impatient pour en chercher la clef, et doutant qu'il y en ait une qui ouvrit le cadenas énorme et rouillé, j'en démontais les charnières et découvris alors une masse de photos et de documents exceptionnels.
Au départ j'ai moi-même cru à un canular fantastique, ma famille n'étant pas la dernière pour la plaisanterie, mais en recoupant les informations des documents écrits, des photos, des lettres, des plans, des actes notariés, j'ai pu reconstituer un monde non seulement disparu, mais scandaleusement caché. Dès lors, chaque élément qui dans notre histoire me paraissait bizarre, dont l'explication ne m'avait jusqu'ici qu'en partie convaincu, trouvait là un éclairage aussi limpide qu'inédit.
C'est grâce à un travail de bénédictin que j'ai pu restaurer les quelques photos et quelques écrits présentés ici, ressuscitant une époque qui fut par la suite totalement réécrite.
Je peux maintenant vous démontrer que, contrairement à ce que relate ce roman apocryphe « les mystères de Paris » d'Eugène Sue, originellement titré « les monstres de Paris » de Jane Sweat, ce sont les monstres qui firent de la France la nation triomphante qu'elle était, ce sont eux qui en écrivirent les plus belles pages, peignèrent les plus belles représentations, en chantèrent les plus belles chansons.L'homme les a remplacés, occultés, niés, effacés.
Il s'est approprié le monde qu'ils avaient façonné, et l'opprobre que nous jetons encore sur nos prédécesseurs n'est que la manifestation de la honte que cette vilenie provoque en nous.
Il est temps de reconnaître notre dette et rendre à César ce qui appartient à Zénophase Athénor de la Louze, Polycarpe De La Manche, Eusébio Praxitélos, Otto Rivers von Alset, Vincent, Gorgonn et Astorpia Zola et autres Philémond Résimond Octave Ursule Symphorien Thiburce de Mare-Ciel (dit Proust)
Hélas, les archives en ma possession ne recouvrent que le XIXème et le début du XXème siècle mais je ne désespère pas de trouver des preuves plus anciennes qui montreront qu'en vérité ce sont les monstres qui firent œuvre de civilisation.
Votre dévouéDavid Cochard
Alors que j'explorais le grenier de ma grand-mère, étonnant résumé d'une vie exceptionnellement riche et longue qui la vit petite paysanne bretonne partant pour la capitale, y devenir bonne à tout faire puis gouvernante de petits princes russes exilés, espionne, résistante, femme de marin, entrepreneuse et matriarche crainte et obéie de toute sa descendance, je tombais entre deux mannequins de couture et quelques cartons à chapeaux sur une malle trop richement ouvragée pour appartenir à ma modeste famille.Trop impatient pour en chercher la clef, et doutant qu'il y en ait une qui ouvrit le cadenas énorme et rouillé, j'en démontais les charnières et découvris alors une masse de photos et de documents exceptionnels.
Au départ j'ai moi-même cru à un canular fantastique, ma famille n'étant pas la dernière pour la plaisanterie, mais en recoupant les informations des documents écrits, des photos, des lettres, des plans, des actes notariés, j'ai pu reconstituer un monde non seulement disparu, mais scandaleusement caché. Dès lors, chaque élément qui dans notre histoire me paraissait bizarre, dont l'explication ne m'avait jusqu'ici qu'en partie convaincu, trouvait là un éclairage aussi limpide qu'inédit.
C'est grâce à un travail de bénédictin que j'ai pu restaurer les quelques photos et quelques écrits présentés ici, ressuscitant une époque qui fut par la suite totalement réécrite.
Je peux maintenant vous démontrer que, contrairement à ce que relate ce roman apocryphe « les mystères de Paris » d'Eugène Sue, originellement titré « les monstres de Paris » de Jane Sweat, ce sont les monstres qui firent de la France la nation triomphante qu'elle était, ce sont eux qui en écrivirent les plus belles pages, peignèrent les plus belles représentations, en chantèrent les plus belles chansons.L'homme les a remplacés, occultés, niés, effacés.
Il s'est approprié le monde qu'ils avaient façonné, et l'opprobre que nous jetons encore sur nos prédécesseurs n'est que la manifestation de la honte que cette vilenie provoque en nous.
Il est temps de reconnaître notre dette et rendre à César ce qui appartient à Zénophase Athénor de la Louze, Polycarpe De La Manche, Eusébio Praxitélos, Otto Rivers von Alset, Vincent, Gorgonn et Astorpia Zola et autres Philémond Résimond Octave Ursule Symphorien Thiburce de Mare-Ciel (dit Proust)
Hélas, les archives en ma possession ne recouvrent que le XIXème et le début du XXème siècle mais je ne désespère pas de trouver des preuves plus anciennes qui montreront qu'en vérité ce sont les monstres qui firent œuvre de civilisation.
Votre dévouéDavid Cochard
vendredi 19 octobre 2012
L'expo continue, 32 rue de Liège, métro Liège :)
vendredi 12 octobre 2012
mardi 9 octobre 2012
samedi 6 octobre 2012
Polycarpe Desmanches, président de la république française
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